Pour un cycliste, il est des cols que l'on se doit de gravir au moins une fois dans sa vie.
Le Ventoux tient une place à part dans le coeur des cyclistes. Le plus mythique probablement, et l'un des plus difficile également.
Je me confronte enfin au mythe, peu avant mes 60 ans, à l'initiative de mon fils Sylvain.
Passer du rêve à la réalité ne se fait pas souvent sans douleur, mais peut-on triompher sans en payer le prix ?
L'ascension, par Bédoin, probablement la montée la plus célèbre, commence pour moi vers 9h, ce lundi matin de juin. La veille, j'ai roulé toute la journée pour venir rejoindre Sylvain et m'attaquer avec lui à notre rêve commun. Ce voyage je l'ai encore dans les jambes, mais pas question de me laisser gâter mon plaisir par un peu de fatigue matinale !
J'attaque donc les 21 km qui me mèneront au sommet la fleur au fusil.
Les premiers kilomètres, jusqu'à St-Estève ne sont pas trop durs, et je les dévorent sans méfiance.
Mon cardio-fréquencemètre grimpe allègrement dans les tours, mais je n'y prête pas trop attention.
Il fait chaud pour cette journée de juin, une chaleur à laquelle je ne me suis pas vraiment préparé, météo Picarde oblige !

Après St-Estève, et l'entrée dans la foret les choses se compliquent. Plus aucun répit. La pente ne redescendra plus sous les 5% !
Pour la première fois, je m'attaque à une grande ascension avec un compact: 50x34 devant et 12x27 derrière. Cela me change de mon triple plateau ! Cela me perturbe aussi un peu !
Il fait chaud, je l'ai dis, et donc je bois beaucoup. Je m'arrose aussi la tête de temps en temps, la chaleur, ce n'est pas mon truc !
Difficile pour moi de trouver le bon rythme et je me retrouve vite "tout à gauche". Plus de vitesses en réserve et ce foutu rythme cardiaque qui reste bloqué dans la zone rouge ! Pas moyen de le faire descendre ! Si je veux arriver au bout, il va falloir que je récupère un peu. Je fais donc une première pause, très courte, une minute à peine, le temps de laisser mon cœur reprendre un rythme plus raisonnable.
C'est très bizarre ce mélange de sensations que les sportifs connaissent bien: mélange de plaisir et de souffrance qui ne me quitte plus maintenant. Pour rendre celle-ci plus supportable, je me concentre sur un premier objectif: atteindre le Chalet Reynard qui marque à la fois la jonction avec la montée en provenance de Sault et le changement de paysage.
On y passe de la foret à un paysage désertique. 

J'y fais ma seconde pause, un peu plus longue, le temps d'une photo et de faire le plein des mes bidons. A partir d'ici, je sais que plus rien ne m'empêchera d'aller au bout.
Cette dernière zone est particulièrement difficile: pas d'ombre, un paysage "lunaire" et une pente qui monte, comme en apothéose à plus de 10% sur les derniers kilomètres. 

Je passe devant la stèle en mémoire à Tom Symson, j'y ferai une halte tout à l'heure, lors de la descente. Pour l'instant, je dois conclure: l'arrivée est à un kilomètre, je n'ai plus de douleurs, je vole littéralement !
J'arrive enfin au bout de mes peines: largement plus de 2 heures, mais bon, là n'est pas l'essentiel ! 

Sylvain est là, qui m'attend depuis un bout de temps. Il a programmé une seconde montée cet après-midi, par Sault. Moi, je le suivrais en voiture. Assez de plaisir pour aujourd'hui ! J'en garde un peu pour demain et la montée par Malaucène, autre partie de plaisir !
Je reviendrai ! En septembre d'abord, puis dès que possible.

Le Ventoux, c'est ainsi: la dépendance on l'attrape vite !