La Marmotte, vous connaissez? (07/2005)

Non, pas celle qui enveloppe les tablettes de chocolat mais l'autre, la compétition cyclosportive considérée comme une des plus dure de France!

Non? Jugez plutôt: 174 Kms, 4 cols à franchir, et pas n'importe quels cols : le Glandon : 1924m; le Télégraphe: 1570m; le Galibier: 2645m et l'Alpe d'Huez 1780m, le tout pour un dénivelé positif total de plus de 5000m! De plus cette compétition hors norme accueille entre 6000 et 7000 cyclistes, près à en découdre!

Maintenant que le décor est planté, reprenons par le début :

Mais que suis-je venu faire dans cette galère ?

Cette idée de participer à cette compétition, je ne l'ai pas eu seul, mais au cours d'une de ces discussions avec mes amis Christian et Gérard qui, se remémorant leurs exploits passés, évoquent cette compétition. Pourquoi ne pas la tenter cette année?

Eux l'ont fait en 1997 et en gardent un souvenir très fort. Ils avaient même connu la neige dans l'ascension du Galibier. Cette idée me plait, bien que la préparation à une compétition comme celle-ci demande beaucoup de volonté: pas moins de 3000 à 4000 Kms au minimum pour espérer bien figurer et ne pas trop souffrir. Ce n'est pas gagné !!

S’entrainer c’est bien, mais comment ? Il ne suffit pas de monter sur son vélo et d’aligner les kilomètres, surtout qu’en hiver, mauvais temps aidant, les prétextes ne manquent pas pour rester chez soit bien au chaud.

Le mieux pour être certain de s’entrainer quoique qu’il arrive est de profiter de l’émulation d’un groupe. Pourquoi ne pas se mettre en club ? Justement, le vélo club local est assez réputé dans la région, et la pratique du vélo de compétition et de randonnée s’y côtoient. C’est pour moi l’occasion d’espérer progresser enfin dans cette discipline.

Lorsque je pratique un sport trop assidument, tôt ou tard je fini par me blesser. L’an dernier par exemple, faute de lucidité et à cause de mon entêtement à vouloir courir coûte que coûte, j’ai passé une bonne partie de ma saison à regarder les autres, incapable de finir une course.

Cette année pas question de prendre le moindre risque, mes périodes d’entrainement se succéderont donc faites de périodes d’euphories mais aussi de doute, à l’écoute du moindre bobo !

Christian et Gérard n’iront pas très loin dans cette aventure. Pris par trop d’activités auxquelles ils n’arrivent pas à renoncer, ils abandonneront très vite l’idée de participation à la Marmotte pour cette année. Ne reste plus que Jean-Louis et moi. De toute façon, cette épreuve est une épreuve d’efforts en solitaire, cela ne changera donc pas grand-chose pour moi.

Villard- Reculard

Nous avons réservé, Jean-Louis et moi, chacun de notre côté, un gîte au plus près de Bourg d’Oisans. Confrontant nos informations, nous découvrons que nous sommes hébergés dans le même chalet ! Cela nous permettra de faire la popote en commun.

Pour nous rendre à notre hébergement, situé à Villard Reculas, nous empruntons la montée de l’Alpe d’Huez. Je suis pris d’une mauvaise impression : cela monte dur dès les premiers virages. Cela promet pour le final.

Je ne peux pas dire que je sois serein sur ce coup là. Trop d’incertitudes pour moi : A l’entrainement, j’ai multiplié les séances de long : 150 Kms en moyenne. Ces séances m’ont permis de vérifier que musculairement parlant, la distance passait bien. Par contre assez systématiquement des douleurs apparaissent au bout de 5 / 6 heures sur le vélo : l’assise sur la selle est douloureuse et des crampes sous les pieds me font souffrir. Je ne sais pas trop quoi faire pour remédier à cela : ma selle est un modèle acheté spécialement pour ses qualités de confort, et seuls des massages arrivent à venir à bout de mes douleurs plantaires. A la Marmotte, j’ai prévu une douzaine d’heures sur le vélo, j’aurai le temps de souffrir ! Autre point noir, le Galibier. J’ai eu beau multiplier les entrainements en côtes, grimper à 2645m, pour moi c’est une première et au niveau du climat, tout peut arriver.

Profitant de notre semaine d’adaptation sur place, nous partons en reconnaissance en voiture pour affronter ce Galibier qui me fait si peur et me rassurer un peu si possible.

Le Galibier, c'’est tout en haut !

Du Lautaret à Bourg d’Oisans, pas de problème : la route est globalement bonne et quasiment toujours en descente. Dans ce tronçon, si nous arrivons jusqu’ici, nous aurons le temps de nous refaire une santé. La descente du Galibier vers le Lautaret par contre me semble plus technique, ponctuée de virages en épingles.

Au sommet du Galibier, le vent souffle fort !

Au sommet, le vent souffle fort et le thermomètre de la voiture indique +8°. Quand nous avons quitté la vallée, il faisait +24° ! Dans le vent, parfois la température chute à +2° ! Je me remémore les paroles de Christian et Gérard, ils avaient affronté la neige dans l’ascension, tout me semble effectivement possible.

Cette reconnaissance, loin de me rassurer, ajoute un peu à mes doutes, d’autant que la météo annonce des orages dans les Alpes pour le jour de la course.

Dire que je dors beaucoup les nuits précédent cette épreuve est beaucoup dire, je fais et refais le Galibier, affronte la neige, l’orage et le froid. Je rempli et vide mon sac à dos sans arrêts: coupe-vent léger, imperméable, manchettes, gants d’hivers, tout y passe et je ne trouve toujours pas la solution idéale. Au petit matin je m’endors et le lendemain soir, ça recommence ! Jean-Louis semble plus serein ; son expérience des Cublize, Nice et autres Triathlons longue durée lui confère une sorte de sérénité que je n’ai pas. Ce doit être mon besoin permanent de me rassurer !

Le jour de la course arrive enfin !

5 heures, le réveil sonne. J’ai prévu de me réveiller tôt ce jour là afin d’avoir le temps de me préparer tranquillement. Les souvenirs de mon premier Marathon me reviennent en mémoire : je m’étais réveillé tôt aussi ce jour là pour avaler l’inévitable assiette de pâtes....

Je ne sais pas si vous avez essayé de manger une assiette de pâtes le matin au réveil, je peux vous dire qu’il faut une bonne dose de volonté ! Heureusement, les temps et la diététique ont changé, la mode est maintenant aux hydrates de carbone et autres gâteaux sport. Le mien est passablement raté : brulé sur le dessus, et pâteux en dessous. J’en mange un bout sans conviction. Un café – pain - beurre - confiture termine de me gaver.
J’ai finalement opté pour un sac à dos léger dans lequel je place mon imperméable, des kleenex ainsi que des sachets de poudre de boisson énergétique à mélanger à l’eau lors des ravitaillements. J’ai prévu large : 4 sachets, soit 4 grands bidons de 0,8 litres possible ainsi que des grosses barres énergétiques. Toujours ma crainte de manquer. En fait, je compte beaucoup sur les ravitaillements pour varier l’alimentation car je suis persuadé de ne pas pouvoir supporter le sucré toute la journée.

Je retrouve Jean-Louis et nous voilà parti pour le départ. Nous nous garons au pied de l’Alpe d’Huez, pas trop loin du départ. Il est 6h30 et de nombreux cyclistes convergent déjà vers le départ. Le départ se faisant par ordre croissant de numéro de dossard, des barrières métalliques canalisent les coureurs par tranche de numéro. C’est impressionnant de voir tous ces cyclistes regroupés là. Il en arrive en flot continu et la ligne de départ est bien loin devant nous. Nous attendons bien sagement le départ, alors que nombre de cyclistes remontent la file afin de gagner de précieuses places ( ?).

Bourg d'Oisans - Col du Glandon (Alt. 1924m, 35,7 Kms).

7h15 : le départ est donné mais nous n’avançons finalement pas beaucoup. Il nous faudra un bon quart d’heure de patinette (pour les initiés : à la Georgette, prénom d’une de nos amie cycliste, professionnelle de cette pratique) pour passer la ligne.

Les premiers kilomètres ne sont pas difficiles : 7 Kms de nationale bien droite et très plate à parcourir avant d’atteindre Rochetaillée et d’entreprendre les premières rampes vers la montée de la Croix de Fer.

Plus de 6000 cyclistes se sont élancés, ce qui fait que les premiers sont déjà dans les premières rampes quand les derniers passent le départ.

Nous roulons bon train dans ce premier tronçon d’échauffement. Cette partie est très roulante et j’en profite pour bien tourner les jambes car bientôt les vraies difficultés vont commencer.

L’ascension vers le Glandon débute réellement au 15ième Km. Cette ascension promet d’être longue car le sommet est au kilomètre 36 soit 21 Kms de grimpette pour ce premier col !

Dans ces premières difficultés, la sélection ne s’est pas encore faite et nous sommes tous encore en paquets compacts et disparates. Je suis vigilant dans ce premier tronçon car il faut parfois se frayer un chemin parmi les cyclistes au ralenti tout en évitant les fusées qui nous doublent de tous côtés.

Ma hantise, à ce niveau n’est pas la difficulté de ce premier col mais la peur de me retrouver bloqué derrière un cycliste en difficulté et de devoir mettre pied à terre. Mon expérience des démarrages en côte en effet, me fait craindre cet exercice, mes cales Look et mon expérience dans ce domaine me permettant rarement de repartir sans aide lorsque la pente est forte.

Mes sensations sont bonnes et je monte assez facilement en me limitant à une FC de 150 / 155, proche de mon seuil anaérobie situé à un peu moins de 160 puls/mn.

Jean-Louis et moi nous retrouvons souvent côte à côte dans cette première ascension, sans aucune concertation. Au Rivier d’Allemond la route redescend sur un peu plus de 2 Kms pour basculer sur l’autre flanc de vallée. Nous arrivons très vite en bas de cette descente pour nous agglutiner de nouveau dans la remontée suivante sur les cyclistes en train de trouver leur rythme.

Les tronçons se succèdent avec parfois de beaux morceaux de bravoure à 9 voir 10%

C’est ici que nous quittons le versant commun avec la Croix de Fer pour attaquer les derniers lacets du Glandon.

Nous abandonnons enfin la partie commune avec le versant Ouest de la croix de Fer pour attaquer les derniers virages du Glandon.

Dans les précédentes éditions de la Marmotte, la croix de Fer était au programme. Celle-ci culminant 143m plus haut que le Glandon, nous ne nous plaindrons pas de ce changement.

C’est encore ensemble que Jean-Louis et moi atteignons le sommet. Un ravitaillement en eau y est installé mais celui-ci est pris d’assaut par les coureurs, trop nombreux à notre goût.

Je fais rapidement le point sur mon besoin liquide : j’ai consommé la moitié de mon bidon d’Hydrixir + Malto et à peu près la même chose en eau. Jean-Louis en est à peu près au même point, et nous décidons alors d’un commun accord de ne faire qu’une simple pose technique.

Il est 9h47 et cela fait 2h17 que nous roulons. Je suis rassuré car dans mon tableau de marche, j’avais prévu de passer ce premier col avant 10h pour bien finir. Sur le plan physique, je suis bien, aucune douleur ni fatigue à l’horizon.

Descente du Glandon et montée du Télégraphe (Alt. 1570m, 92,9 Kms)

Le premier tronçon de la descente est très raide, avec des passages à environ 11%. Je ne suis pas un descendeur, c’est le moins que l’on puisse dire aussi c’est avec beaucoup de prudence que j’attaque cette partie. Comme prévu Jean-Louis ne reste pas très longtemps à mes côtés et prend du champ rapidement.

Il me semble rencontrer beaucoup de crevaisons dans la descente, en tout cas beaucoup plus que dans l’ascension. Est-ce une impression ? Nous croisons aussi plusieurs ambulances ainsi que pas mal de chutes semble-il. J’apprendrai plus tard qu’un Hollandais de 35 ans aura fait une chute hélas mortelle dans cette descente. Sa femme qui était sur le parcours attendait un enfant. Beaucoup trop de cyclistes coupent les virages et semblent surpris lorsqu’un véhicule débouche en face au détour d’un virage. J’en fais la réflexion à un cycliste à côté de moi qui me confirme mon impression : trop de coureurs pensent que la route est fermée à la circulation. Nous ne sommes pas sur le Tour de France ! Tout au plus avons-nous de la chance que les principaux carrefours soient protégés !

La soif me reprend dans la descente et je m’aperçois alors que ma réserve de boisson est au plus bas et que je devrais refaire le plein bien avant Valloire, lieu programmé du ravitaillement. Sur le Road book aucun point boisson ne semble programmé avant la montée du Télégraphe et je m’inquiète un peu de devoir, soit me restreindre, soit faire un arrêt sauvage pour refaire le plein lors d’un passage en ville. Je regrette maintenant de ne pas avoir été plus prudent. Je mets cela sur le compte de l’euphorie de notre passage du Glandon. Si j’y étais passé seul, je m’y serai probablement arrêté.

La descente proprement dite dure une vingtaine de kilomètres, que nous expédions rapidement pour nous retrouver dans la vallée sur la N6 en jonction vers St Michel de Maurienne, début de l’ascension du Télégraphe. Dans cette partie très roulante je me cale dans un paquet bien à l’abri du vent. On ne parle pas beaucoup Français dans les pelotons, mais plutôt le Néerlandais. Nos amis les Hollandais en effet ont investi cette épreuve depuis plusieurs années et viennent en nombre chaque année. Ils sont près de 4000 en effet pour presque 6500 inscrits. Cela me fruste un peu car j’aime bien bavarder durant ce genre d’épreuve et les occasions de parler français ne sont pas nombreuses ici.

Afin de garder le contact avec nos amis qui nous suivent de loin, j’ai opté pour le kit main libre associé à mon téléphone portable dans ma poche arrière. Ainsi, je peux répondre aux appels sans avoir à lâcher les mains du guidon. Je recevrai ainsi plusieurs appels de Gérard tout au long de la journée.

Ascension du col du Télégraphe (Alt. 1570m, 92,9 Kms).

Ce deuxième col du programme n’est pas le plus difficile mais représente néanmoins un dénivelé de 850m sur 12 Kms. Il est suivi par une courte descente sur Valloire, lieu programmé du ravitaillement. La circulation n’est pas interrompue, comme je l’ai déjà dit, et nous sommes souvent gênés par le flot des véhicules qui obligent parfois à se faufiler, un peu comme dans une banale circulation citadine. Nous rencontrons en effet beaucoup de cars de tourisme qui se croisent vers ce col. Je passe finalement sans encombres le Télégraphe, ce qui est fait quand même au bout de 93 Kms de roulage. Cela fait déjà à peu près 5 heures que nous roulons et j’attend maintenant avec impatience le ravitaillement annoncé car mon estomac réclame maintenant quelque chose de plus consistant que les barres de céréales au goût plus ou moins sucré ou mon mélange Hydrixir + Malto.

La descente sur Valloire n’est qu’une formalité, juste 5 Kms, mais Valloire passe et aucun ravitaillement n’est en vue. Cela me contrarie car je m’étais fais à l’idée d’y faire cette pause casse-croute et le fait de déplacer le ravitaillement dans l’ascension du Galibier ne permet pas de chronométrer simplement cette ascension.

La fin du parcours: les montées du Galibier (alt. 2642m, 114,9 Kms) de l'Alpe d'Huez (Alt. 1880m, 174,4 Kms).

Le ravitaillement (Les Verneys, Alt. 1430m, 97,9 Kms)

Ce ravitaillement tant attendu arrive enfin au Km 98 sur la petite commune des Verneys. Cela fait maintenant 100Kms que nous roulons pour presque 6 heures sur la selle. Sur le plan musculaire, tout va bien, mes sujets d’inquiétude : assise et voûte plantaire ne me posent pas de problème.

Des stands sont installés ou se pressent un grand nombre de cyclistes. Il est très difficile d’approcher et parfois les tables ne proposent pas vraiment la nourriture attendue. La compétition est aussi à ce niveau il me faut jouer des coudes pour approcher de « La table » où j’aurai la chance de récupérer la nourriture convoitée. Ce ravitaillement est finalement très mal organisé car une seule table distribue des morceaux de fruit, pareil pour le pain, le fromage, etc.

Je réussi à rafler une demi baguette et un morceau de fromage que je m’empresse d’aller manger dans un coin tranquille. Je profite de ce répit pour passer mon premier coup de téléphone à nos féminines qui attendent de nos nouvelles avec impatience. Je n’ai toujours pas de nouvelles de Jean-Louis qui, je l’apprendrai plus tard, a quitté le ravitaillement au moment même ou je m’y arrête. Je me décide finalement à repartir au bout d’une vingtaine de trop courtes minutes, après avoir calé dans mes poches le pain que je n’ai pas encore terminé.

Ascension du col du Galibier (alt. 2642m, 114,9 Kms).

Il est 13h20 lorsque je reprends l’ascension. Cette pause m’a fait du bien, et à défaut d’un vrai repas, le peu que j’ai avalé m’a calé l’estomac.

Il reste environ 15 Kms avant le col du Galibier. Un rapide calcul m’indique que, si tout va bien, je passerai le col pour 15 heures. Cela me rassure car j’avais prévu dans mon plan de marche un passage vers 16 heures, toujours dans le but de pouvoir grimper l’Alpe d’Huez dans les délais.

A ce niveau là je suis convaincu que si je passe sans encombre le Galibier je terminerai la course car le retour vers Bourg d’Oisans est pratiquement tout en descente et sans difficulté.

Comme je n’ai plus la pression du chronomètre, j’adopte une allure tranquille qui me permet de bien m’économiser. Je scrute encore le ciel car j’ai toujours en mémoire la météo vue la veille qui prévoyait des orages dans les Alpes.

Beaucoup de supporters sont venus sur le parcours et nombreux ont fait l’ascension pour croiser les coureurs vers le sommet. Nous laissons les voitures prendre le tunnel et attaquons seuls les dernières rampes, voisines des 9%. Cette fin d’ascension est très éprouvante et le haut du col nous paraît bien loin, tout là haut. Je rassemble mes forces et arrive au sommet, il est 14h58. Je suis fatigué mais heureux car rien ne m’empêchera plus maintenant d’aller au bout.

Au ravitaillement, l’organisateur a prévu du thé chaud qui est le bien venu car la température n’est pas très élevée.

 

Les dernières boucles vers le Galibier ne sont pas les plus faciles

Col du Galibier - Bourg d’Oisans (alt. 719m, 161,4 Kms).

Je ne traine pas trop longtemps au sommet car le vent souffle et il n’y fait pas chaud. J’enfile mon coupe-vent et attaque la descente vers le Lautaret.

Cette descente est le reflet des derniers kilomètres de la montée : raide et tout en virages. Je ne suis pas un descendeur, je l’ai déjà dit, mais malgré cela ces 8 Kms sont vite expédiés, ce qui est heureux car je suis frigorifié et mes doigts gelés.

A partir du Lautaret, la descente est plus facile car de longs tronçons bien droits s’y succèdent. Sur ce tronçon, nous descendons de près de 2000m sur 47 Kms et mon compteur dépasse régulièrement les 60 Kms/h. A ce train là, nous serons vite au rendez-vous de l’Alpe d’Huez !

J’arrive à Bourg d’Oisans vers 16h 30 soit avec 1 heure d’avance sur mon plan de marche. Ceux qui n’en ont pas la force ou qui arrivent hors délai s’arrêtent là, avec un Marmotton comme diplôme. Je m’y arrête quelques minutes pour me restaurer avant l’ascension finale.

 

La descente vers le Lautaret, avec au fond la stèle en mémoire d'Henri DESGRANGE

 

La montée de l’Alpe d’Huez (Alt. 1880m, 174,4 Kms).

A ce niveau là, je ne dois pas être très clair dans ma tête. Quand je m’aperçois qu’il n’est que 16h 30, je me vois déjà exploser les chronos dans l’Alpe d’Huez. Nous l’avons reconnu à l’entrainement, et je pense alors qu’un 10 Km/h de moyenne y est réalisable.

La première rampe me charge de redescendre sur terre : la moyenne sera nettement plus faible !

Une particularité de cette ascension est que les virages sont numérotés. Il y en a 21 et comme cela on ne risque pas d’oublier que le sommet n’est pas encore pour tout de suite. Ces virages ont une autre particularité, c’est d’être plats. Plus casse patte, tu meurs !

Dans cette ascension, je souffre de la chaleur et mes bidons se vident trop vite. Heureusement l’organisation a prévu 2 points boissons et même un brumisateur géant, très apprécié !

Beaucoup de cyclistes sont arrêtés ou marchent à côté de leur vélo. Ce n’est pas que je ne suis pas tenté de faire comme eux mais je suis convaincu qu’un arrêt me serait fatal, je ne repartirai pas ! Je monte donc coute que coute sans trop penser à l’arrivée. A la vitesse où je roule maintenant, les virages ne défilent pas vite !

J’entends la sonnerie de mon portable retentir dans mon écouteur puis la voix de Gérard. Il vient, comme tout au long de la journée, s’informer de ma progression. Ces appels me font du bien car j’ai un peu l’impression d’avoir mes amis à côté de moi pour me soutenir. Son appel tombe au moment précis ou je passe à côté de Claudette et Jeaninne qui ont rejoint la montée de l’Alpe et nous attendent avec impatience. J’apprends alors que Jean-Louis est passé il y a juste une demi-heure. Nous nous retrouverons après l’arrivée.

 

Au passage dans Huez il reste encore 4 Kms!

Dans cette compétition, j’aurai battu mes deux records : non seulement celui de ma vitesse la plus élevée, mais aussi celui de ma vitesse la plus lente : dans les tronçons les plus durs je roule à 5 Kms/ h ! Je n’aurais jamais pensé que l’on pouvait tenir debout sur un vélo à cette vitesse !

Je note que mon rythme cardiaque ne monte pas et reste bloqué vers les 130. J’en conclu qu’à ce niveau, je manque de carburant pour aller plus vite. Tout effort pour accélérer se traduit par une souffrance supplémentaire. Je prend donc mon mal en patience et garde ce rythme qui, s’il n’est pas très élevé, n’augmente pas ma souffrance. Nous arrivons enfin dans l’Alpe d’Huez et je trouve alors un résidu de forces pour doubler quelques concurrents. Je passe la ligne d’arrivée, il est 18h 26, cela fait 10h 56’ que je roule !

Résultats :
 

Lieu Heure passage Temps course Kms cumulés Temps Kms Vitesse (Km/h)
Bourg d'Oisans 7:30:00 0:00:00 0,0 0:00:00 0,0 0,00
Col du Glandon 9:47:07 2:17:07 35,7 2:17:07 35,7 15,63
Col du Télégraphe 12:28:12 4:58:12 92,9 2:41:05 57,2 21,31
Ravitaillement (Valloire) 13:20:00 5:50:00 100,0 0:51:48 7,1  
Galibier 14:58:01 7:28:01 114,9 1:38:01 14,9 9,12
Bourg d'Oisans 16:32:58 9:02:58 161,4 1:34:57 46,5 29,36
Arrivée Alpe d'Huez 18:26:49 10:56:49 174,4 1:53:51 13,0 6,90
moyenne générale           15,93

Le bilan:

Préparation:

près de 4200 Kms parcourus depuis le début de l'année, avec, à partir du mois de mai, des semaines à plus de 250 Kms et un sejour d'une semaine à Annecy pour une prise de connaissance des cols des Alpes. Quelques séances longues de 150 Kms environ ont fini de me rassurer.

Alimentation:

la veille de la course: 1,5l de Malto (Overstim) pour me charger en hydrates de carbone, durant la course: 2 bidons d'un litre env. d'Hydrixir + Malto avec autant en eau pure pour alterner. 2 grandes barres d'Isostar "Long Energy" + quelques barres classiques de céréales. Je dois dire qu'au bout de quelques heures le besoin de manger autre chose que du sucré se fait sentir. Au ravitaillement: pain et fromage viendront idéalement compléter ce régime et caler en volume mon estomac.

Et après?

A l'arrivée de la course, comme pour beaucoup j'imagine, j'ai juré que plus jamais je ne me lancerai dans ce type de compétition: trop dur, ça fait trop mal, etc...
Au bout d'une semaine, je pensais déja à l'an prochain et à une possible participation à la prochaine édition.

On en reparlera donc....