Pâques 2006: Ma Flèche Vélocio.

L’aventure commence en septembre 2005, je devrais plutôt dire : il y a déjà longtemps dans l’esprit de Michel T.
En avril 2005, un mail de Roland M ; vient titiller les neurones de Michel.
Roland M et sa compagne Fabienne C. viennent d’obtenir leur flèche avec 573 km et seulement 2h d’arrêt.
Michel est en manque de ce côté-là avec « seulement » 450 km de validé, sur un parcours plutôt favorable avec vent dans le dos et pas mal d’arrêts et d’imprévus. Lui qui aime bien les comptes ronds rêve de passer enfin la barrière des 500km.
En septembre donc, Michel passe donc un appel aux volontaires. Dans l’euphorie de ma participation à la Marmotte 2005, je ne sais pas trop pourquoi, plutôt que de décliner l’offre, j’en accepte le principe, sous réserve que la sortie planifiée du VC MERU pour le Téléthon se passe bien (260km prévus en 2 jours de QUIEVRECHAIN (59) vers MERU (60)).

Me voici donc quelques mois et 4500km plus tard prêt pour le départ.
Comme à mon habitude, j’hypocondris à fond ((du verbe hypocondrir : se faire du mouron pour un rien) : je ne suis pas au niveau, Je vais ralentir le groupe (on a même parlé d’abattre les plus faibles sur place..), je vais avoir mal aux fesses, ou aux pieds, voir les deux. La météo va être contre nous (hum..).
Côté choix matériel, ce n’est guère mieux : 10’ avant l’arrivée de Michel D. chez moi pour me récupérer, j’hésite encore : Vitus ou Décathlon ? Mon nouveau vélo tout carbone, au tempérament nerveux ou mon « mulet », un peu lourd mais que je connais finalement bien et sur lequel je pourrai fixer mon éclairage fixe, chose impossible sur le Vitus, par cause de sur -dimensionnement du cintre.
Les conditions météo annoncées, pluie et vent à partir de samedi midi me font pencher pour le Décathlon. Avec lui j’aurai moins de facilité dans les côtes, mais par fort vent de travers, il ne me posera pas de problème. De toute façon, le parcours sera plat, dixit Michel
Le temps annoncé étant à la pluie, je prévois large côté habillement : de quoi me changer au moins 2 fois, le midi et le soir. J’emporte même 2 paires de chaussures, histoire d’avoir les pieds au sec lorsque la pluie cessera.

Nous passons par Clichy pour récupérer Christian, notre accompagnateur. Sans lui ce projet n’aurait pu se concrétiser, le rôle étant particulièrement ingrat. Nous lui devons donc beaucoup.

Vincent, Cricri et Michel D. cherchent à tout caser dans la voiture
Vincent, Cricri et Michel D. cherchent à tout caser dans la voiture

L'Espace qui nous accompagne est bien chargée
L'Espace qui nous accompagne est bien chargée

Il a été décidé de démarrer le matin, au saut du lit, afin d’être le plus en forme possible. Nous dormirons donc à Semur en Auxois, lieu choisi pour le départ.
Nous y retrouvons Didier, arrivé peu avant. L’hôtel donne sur la rue, laquelle est pavée. La nuit sera bruyante!
Pendant que nous prenons notre repas du soir, nous voyons passer une équipe de cyclistes, visiblement sur la flèche eux aussi. Quelques minutes plus tard, leur accompagnatrice se présente au restaurant pour faire tamponner les cartes. Tiens donc, je croyais qu’il fallait que les concurrents fassent cela eux même ? Facile de gagner des minutes dans ces conditions ! Pas notre genre !

Le groupe tout sourire avant le départ
Le groupe tout sourire avant le départ.

Comme les deux Michel (D et T), j’ai préparé le parcours le mieux que j’ai pu.
Nous devons prendre la D970, à droite, à la sortie de la ville. Pris par l’euphorie du départ et mal concentrés, nous ne verrons pas que la route recherchée part à gauche, comme un piège, pour passer en souterrain sous la chaussée!
Cette erreur nous coûte cher car 20’ se sont écoulées et les 6 km parcourus ne seront pas pris en compte. Ils pèseront lourd lors du bilan final.

La matinée est sèche, mais le vent est bien établi, de ¾ face. Nous prenons des relais très courts. J’aime cet exercice qui permet à chacun de bien prendre sa place dans le groupe et équilibre mieux les efforts de chacun. Notre vitesse moyenne est bonne : nous dépassons les 25,5 de moyenne et le retard sur notre tableau de marche se réduit sensiblement.
La matinée se passe finalement assez vite comme cela.


Le groupe avance encore à un bon train.

En fin de matinée, le ciel devient plus menaçant, la pluie fait son apparition et le vent devient plus fort. Je m’y attendais un peu, bien que secrètement, j’espérais encore une erreur de la météo et un temps convenable.
Sur notre tableau de marche, nous avons prévu la pause déjeuner un peu avant midi.
Midi passe et Christian n’est pas en vue. Il s’est arrêté dans Beaune à la recherche d’une boulangerie. Il nous rejoint finalement un peu plus loin.


La pause du midi, dans un abri bus!

Cette pause nous fait du bien car nous n’avons pas ménagé nos efforts.
Je profite de cet arrêt pour effectuer mon premier changement vestimentaire. Je remplace mon maillot technique, complètement trempé ainsi que mon maillot cycliste. Certains comme Michel D. ne semblent pas transpirer beaucoup, moi je suis une vraie machine à vapeur, je mouille mon maillot même sur une sortie facile.
Pas de pâtes pour cet arrêt mais sandwich pour tout le monde sauf Vincent qui a apporté son petit plat préparé par maman.
Nous repartons avec un vent qui lui aussi fait la pause déjeuner. Hélas, en ce qui le concerne, ce sera une courte pause.
Michel D et Didier semblent plus faciles que nous et prennent volontiers la tête du groupe.
Les relais se font plus rares.
Michel T. nous avait promis un parcours « facile », plutôt plat. Est-ce bien le même chemin que nous empruntons ? La route n’en fini pas de se gondoler du bon tour qu’elle nous joue, les bosses se succèdent sans arrêt.
Michel T. est un peu en retrait à chaque fois que les conditions de roulage se font difficiles alors que Michel D. semble avoir beaucoup de mal à synchroniser sa vitesse sur la notre, il est très facile, et prend de l’avance dès qu’il mène le groupe.
Je fais souvent le tampon entre la tête du groupe et Michel T. afin de réduire l’allure dès que je ne vois plus les autres dans ma roue. De fait, je ne roule pas à une allure régulière, et dépense plus d’énergie que je le souhaiterai.
Depuis notre départ, mon téléphone ne cesse de sonner. J’ai, comme à mon habitude, une oreillette et peux ainsi répondre sans lâcher le cintre. Plusieurs de mes amis viennent ainsi prendre des nouvelles de notre avancement.
Et moi ? dit Michel T., personne ne m’appelle jamais ! Ben oui, j’ai beaucoup communiqué sur notre périple, et indiqué que les appels ne me dérangent pas. Au contraire, ceux là m’aident beaucoup dans les moments difficiles.
Nous ne sommes plus en phase avec le planning, car nous roulons maintenant moins vite que prévu et nos arrêts se font de plus en plus fréquents, soit à la recherche d’un coup de tampon sur nos cartes, soit à l’occasion de la rencontre de la voiture suiveuse.
Nous avions prévu une pause café dans Bourg en Bresse, nous ne la ferons pas. Nous avons perdu assez de temps comme cela !
Je commence à danser sur ma selle : mon fessier est douloureux au niveau des points d’appuis et cela me contrarie. Si cela se dégrade encore, je n’irai pas loin !
Pour couronner le tout, j’ai la fringale et réclame un arrêt, ne pouvant pas attraper mes provisions situées dans mon sac à dos sans m’arrêter. « Dans 5’ » dit Michel D. puis « en haut de la bosse », le problème est que celle-ci n’en fini pas et je m’énerve un peu. Christian est en vue en haut de la bosse, et je peux enfin me restaurer.
A ce moment là, j’ai conscience d’être désagréable. Nous approchons des 200km, et mon état ressemble à celui que j’avais à la fin de notre Brevet de 200 km à Longjumeau. Je suis fatigué, j’ai mal partout et je ne vois pas comment je pourrais finir.


Michel T. semble déjà bien fatigué!

La pause me requinque un peu et je repars de meilleure humeur. Il était temps car l’ambiance du groupe est un élément primordial pour la réussite de ce type d’épreuve !
La pause du soir arrive finalement assez vite, au kilomètre 225 environ. Il est aux alentours de 19h.
Christian s’est démené pour nous trouver un restaurant qui accepte de nous faire des pâtes, sans succès. Dans cette bonne ville de Pérouges (69) il ne semble pas possible de manger autre chose qu’une pizza ou des Kebabs un samedi soir de Pâques. Heureusement, nous avions prévu le coup, et notre accompagnateur se transforme alors en maître queue pour nous faire cuire des pâtes, accompagnées de sauce provençale et de gruyère râpé.


L'arrêt du soir.


La cuisine improvisée de Christian.

Je profite de cette pause prolongée pour m’équiper pour la nuit : collant long en Windstop et veste thermique. Je passe une bonne couche de Mitosyl sur mon assise douloureuse. Cela devrait aller !


Je me change pour la nuit.

Je suis maintenant complètement d’attaque. Ce repas chaud et mon changement de vêtements, m’ont métamorphosé.
Non loin de là, lors de notre pause café, nous rencontrons une autre équipe, occupée à manger des pizzas. Nous reverrons leurs accompagnateurs encore un peu plus loin dans la nuit.
La nuit est tombée et la pluie recommence. Elle tombe même particulièrement fort parfois !
Il est 10h30, Jean-Louis me passe un Nième coup de fil pour s’informer. « Oui, il pleut très fort maintenant, mon éclairage n’est pas au top, mais le moral est bon ». Lui est au coin du feu, devant la cheminée, et moi sur mon vélo dans le noir, sous la pluie. Je me surprends même à trouver la situation drôle !
Tout l’hiver je me suis entraîné dans des conditions climatiques difficiles, pluie, vent, froid, neige et la pluie ne me fait plus rien maintenant.
Côté éclairage, j’ai emporté une lampe fixée sur mon cintre et une frontale, très puissante.
La lampe de cintre fonctionne plutôt bien mais me lâche assez brutalement. J’ai emporté un jeu de piles de rechange, Alcalines premier prix, et je vais vite regretter de ne pas avoir acheté des Duracel (pub gratuite !). Michel T. a fait la précédente édition avec cette lampe et un seul jeu de piles, celles que je place maintenant ne dépasseront pas la demi-heure. Elles sont facilement 4 fois moins chères, mais durent finalement 10 fois moins longtemps ! Pas rentable et surtout agaçant ! Me reste ma frontale.


La liseuse de carte de Michel T.

Celle-ci est un nouveau modèle, particulièrement puissant et économe en piles. Le seul problème, que rencontre aussi Michel D. qui utilise la même est que celle-ci se reflète dans mes lunettes, pleines de pluie et forme un halot qui me masque la visibilité de la route. Avec ce type de lampe, il faut absolument placer une visière pour se protéger de l’éblouissement direct des LEDS. Je vais avoir les pires difficultés à voir la route maintenant, et, dans les descentes, je me cale dans la roue de Michel T. qui lui, fort de son expérience de 2 autres éditions, possède un éclairage à la hauteur avec même un spot pour lire sa carte ! Je stresses un peu car j’ai bien conscience de ne pas avoir de marge : Michel tourne à gauche, je tourne à gauche, il tourne à droite, je tourne à droite. S’il rate un virage, je le suivrai tout droit dans le fossé !

Peu à peu la pluie se calme et le relief aussi. Nos pauses sont de plus en plus fréquentes, Christian tentant tant bien que mal de dormir entre 2 rencontres, il trouvera même que nous roulons bien trop vite à son grès.
C’est à l’occasion d’une de ces pauses que Didier choisi d’abandonner : il est nauséeux car le ballet dansant de nos lampes lui donne mal au coeur. A ce moment là, je ne donne pas cher de Michel T. qui ne me semble pas très fringuant et parle souvent d’abandon.

Nous ne sommes plus que 4 et Michel D. et moi-même sommes souvent au ralenti à attendre nos équipiers. Mes inquiétudes d’avant compétition sur mes capacités à suivre le train se sont envolées, nous avons même inversé les rôles.

Vers 3h du matin, Jean-louis m’appelle de nouveau. Une envie naturelle l’a forcé à se lever, et nous en profitons pour bavarder un bon bout de temps.
Cela n’a l’air de rien mais tous ces appels m’aident à tenir. Je me sens tout d’un coup moins isolé.

A Hauterive, nous cherchons le Palais idéal en vain. Nous y rencontrons un des accompagnateurs de l’équipe que nous avons croisé en fin de soirée, qui leur prépare des pâtes pour les réconforter. Il nous avoue qu’une de leur voiture suit les cyclistes pour les éclairer. « C’est déjà assez difficile comme cela !». Ben voyons ! Pourquoi pas une voiture devant pour couper le vent pendant qu’on y est. Enfin, chacun sa motivation et sa philosophie de l’épreuve.
Il me tarde maintenant que le jour se lève. Mon éclairage m’oblige à une attention soutenue qui me fatigue nerveusement, d’autant que les routes empruntées ne sont pas toujours parfaites, et que la peur d’une chute ne me quitte pas.
Vers 6h du matin, il fait encore nuit mais j’entends déjà des oiseaux qui se répondent. Le lever du soleil ne doit pas être bien loin maintenant !
Le jour est maintenant levé, nous arrivons à Romans. La fatigue se fait plus nettement sentir, d’autant plus qu’un rapide calcul nous indique qu’à moins de parcourir les 35 prochains kilomètres en 1h30, nous ne serons pas à temps pour valider notre parcours.
Nous perdons de plus de précieuses minutes à chercher le fameux coup de tampon « humide » à placer sur nos cartes de route. Michel D. ouvre la route que les autres suivent tant bien que mal. Un cycliste local, un peu enrobé, nous double sans trop de difficulté. Je le regarde s’éloigner au bout de la longue ligne droite où nous roulons. Tout d’un coup, ne pouvant y résister, je lâche : je le rattrape !
Me voilà parti, allure sprint, à presque 40 à l’heure. Je le rattrape effectivement assez vite et relâche pour attendre mes équipiers. Tu ne l’as pas rattrapé lance insidieusement Michel T.
Le traite ! Mon côté gamin reprend le dessus et je repars de nouveau à la poursuite du cycliste.
Au bout de presque 23h de vélo, ce type d’effort répété a un effet presque immédiat sur moi.
Plus de carburant ! Je suis maintenant sur réserve, et les kilomètres vont maintenant devenir plus longs !
La route qui mène à Crest n’en fini plus de vallonner devant nous. Le moindre faut plat devient une petite ascension. Pire, en me retournant je ne vois plus Vincent. La visibilité à beau être dégagée, pas trace de lui à l’horizon.
Michel T ne vaut guère mieux que lui, nous ne sommes plus que 2 potentiellement capables d’avancer encore, c’est donc foutu. J’appelle Christian qui râle un peu car il a tout déballé 4 km plus loin pour que nous puissions nous caser dans l’Espace.
C’est fini. Il est 8h du matin, nous sommes à 9km de Crest, le chalenge officiel ne sera pas rempli.

Bilan :

406 km en 18h25 à 22,34 km/h de moyenne
5h35 d’arrêt, ce qui me semble beaucoup quelque part. Réduire les arrêts doit être possible, surtout si les conditions météo nous aident un peu.
Comme Michel D. nous l’avait conseillé, mais trop tard, de nuit il faut prendre les nationales, beaucoup plus roulantes et débarrassées de leurs poids lourds puisque nous sommes dans le Week-end Pascale.

Aspect vestimentaire :

De ce côté-là, si mes vêtements de pluie ne posent pas de problème, j’aurai néanmoins alterné des périodes « chaud / froid » sans trop bien arriver à trouver le bon équilibre.
Des vêtements plus adaptés, du style Goretex sont certainement un plus.

Aspect alimentation :

Je ne supporte pas très longtemps le sucré, aussi j’avais prévu des sandwichs pain de mie / jambon pour les pauses, agrémentés d’un morceau de Gatosport. Je découvre à cette occasion une version salée goût bacon, apporté par Michel D.
J’ai prévu 4 bidons d’Hydrixir, mais je n’en consommerai que 3.

Divers :

Pour moi, pas d’erreur, pour ce type d’épreuve, un départ matinal est préférable. Je ne me vois pas prendre le départ le soir, sauf à dormir la journée précédente, ce qui n’est pas franchement réalisable.

Remerciements :

Tout d’abord Michel T. l’instigateur de ce projet, sans qui je ne me serai jamais lancé dans ce périple.
Ensuite, un grand, très grand merci à Christian, qui a accepté de me suivre et de nous assister dans ce chalenge, car sans lui, rien n’eut été possible, les bonnes volontés pour cette place ingrate étant rares.
Merci enfin à tous celles et ceux qui m’ont soutenu de leurs appels téléphoniques, contribuant ainsi à maintenir mon moral. Sans eux, tout aurait été plus difficile.

Et maintenant ?

Maintenant, lors de la rédaction de ce récit, je me rends compte que ce projet fou, comme le disait bien volontiers Jeaninne (ma tendre et douce) laissera dans ma mémoire une trace indélébile, et un arrière goût de reviens y, mais bon, j’ai dû promettre de ne plus me lancer dans ce genre d’aventure alors …